On les croit tous pareils : une grande muraille qui retient de l’eau. Mais en réalité, les barrages sont bien plus diversifiés qu’on ne l’imagine.  Saviez-vous que certains atteignent plus de 180 mètres de haut ? C’est plus qu’un gratte-ciel de 60 étages !
Quand les lacs debarrage soutiennent la lutte contre les incendies

Quand les lacs debarrage soutiennent

la lutte contre les incendies

16 septembre 2026

  • Cet été, au moins six barrages français sont devenus des points de ravitaillement pour les Canadair : Vinça, Villeneuve-de-la-Raho, Sainte-Croix, Salagou, Monteynard-Avignonet et Pareloup.
  • Une mobilisation qui ne doit rien à l’improvisation, mais à une préparation minutieuse des équipages.
  • Elle impose aussi quelques règles simples aux vacanciers présents sur place.
  • Écoper en eau douce plutôt qu’en mer n’est pas qu’une question de commodité : c’est aussi ce qui permet à la forêt de mieux repousser après le passage du feu.

Le 10 août dernier, cinq Canadair se sont posés coup sur coup sur le lac de Monteynard-Avignonet, en Isère. Le plan d’eau a été évacué en urgence. Les avions ont rempli leurs soutes, puis sont repartis vers un feu qui menaçait le massif du Diois, dans la Drôme voisine.

Du jamais vu

Cette scène s’est répétée tout l’été, sur des lacs bien connus des touristes :  lacs de Pareloup, dans l’Aveyron, de Vinça et de Villeneuve-de-la-Raho, dans les Pyrénées-Orientales, qui ont servi de points de ravitaillement pendant plusieurs jours. Le lac du Salagou, dans l’Hérault, et celui de Sainte-Croix, dans les gorges du Verdon, font partie des sites que les pilotes sollicitent chaque année. Au total, cet été, au moins six barrages français ont directement participé à la lutte contre les incendies. Cette réserve d’eau mobilisable en quelques minutes est précieuse quand l’urgence ne laisse aucune place à l’improvisation.

Pas de place à l’improvisation

Un Canadair ne choisit pas un lac au hasard, ni au dernier moment. Chaque base de la Sécurité civile dispose d’une fiche répertoriant les plans d’eau disponibles secteur par secteur, avec leurs dimensions exactes et le sens dans lequel l’avion doit se présenter pour écoper en sécurité. Cette préparation permet aux pilotes de réagir en quelques minutes, sans avoir à improviser un site à l’approche d’un feu. Cette connaissance du terrain se construit aussi à l’entraînement. Chaque printemps, avant la saison des feux, des exercices sont organisés sur plusieurs lacs de barrage à travers la France : Monteynard en avril, Nantua et Bort-les-Orgues en mai. Les équipages y testent les manœuvres d’approche et vérifient que rien n’a changé sur le plan d’eau depuis l’année précédente. L’écopage lui-même suit un protocole strict. Un premier passage à basse altitude signale l’arrivée de l’avion et permet d’évacuer le plan d’eau. Puis vient l’écopage proprement dit, en une dizaine de secondes. Sur les feux les plus intenses, plusieurs Canadair se relaient toutes les 90 secondes, formant ce que la Sécurité civile appelle une noria, capable de déverser plus de 25 000 litres d’eau toutes les dix minutes sur un même foyer.

Comment s’organise la coexistence avec le tourisme ?

L’été, ces lacs sont aussi des lieux de baignade, de voile ou de pêche, parfois très fréquentés. Cette vie touristique impose des règles claires, qui s’appliquent aussi bien sur un lac que sur le littoral. Voici quelques règles à suivre pour assurer sa sécurité ou celle de ses proches.

  1. Dès qu’un Canadair effectue son premier passage à basse altitude, l’axe de survol doit être libéré dans les minutes qui suivent. 

  2. Vous devez donc vous éloigner à plus de 500 mètres de cet axe, et y rester jusqu’à une heure après le passage du dernier avion.** 

  3. Rappelez-vous que pendant toute la manœuvre, l’avion est prioritaire sur les baigneurs, les voiliers et les autres embarcations : en phase d’écopage, il est très peu manœuvrant et ne peut pas dévier de sa trajectoire pour éviter un obstacle. 

Sur les lacs les plus fréquentés, comme celui de Monteynard, l’organisme gestionnaire du site diffuse les alertes par haut-parleurs et mobilise des bateaux pour prévenir les usagers avant chaque opération.

Pourquoi un lac vaut mieux que la mer

Le choix d’un lac plutôt que la mer n’est pas qu’une question de commodité pour les pilotes. Il repose aussi sur des raisons mécaniques et écologiques, documentées par les chercheurs qui étudient la lutte contre les incendies.

  • Premier problème : le sel abîme les avions. Selon La Croix*, la flotte française de Canadair, déjà vieillissante avec une moyenne d’âge de trente ans, subit une forte usure liée à la corrosion provoquée par les écopages en mer. Cette usure impose chaque hiver des opérations de maintenance lourdes, pouvant durer de quatre à six semaines par appareil. 

  • Second problème, le sel n’est pas neutre pour la végétation. Jean-Baptiste Filippi, chercheur en physique des incendies au CNRS et à l’Université de Corse***, rappelle que l’eau de mer stérilise les plantes : à de rares exceptions près, les végétaux terrestres ne sont pas adaptés à recevoir du sel sur leurs feuilles ou leurs racines. 

Autrement dit, écoper dans un barrage plutôt qu’en mer, ce n’est pas seulement plus pratique pour les pilotes. C’est aussi donner de meilleures chances à la forêt de repousser après le passage du feu.

Conclusion

Un barrage n’est jamais un simple décor de vacances. Derrière l’eau turquoise de Sainte-Croix ou de Pareloup, il y a une infrastructure qui produit de l’électricité, alimente l’irrigation, sécurise l’eau potable, et, on l’a vu cet été, vient aussi en aide aux avions qui luttent contre les incendies. Cette réserve mobilisable en quelques minutes ménage à la fois les équipages, le matériel, et la forêt elle-même, qui repart plus vite sur des sols qui n’ont pas reçu d’eau salée.

La prochaine fois qu’un Canadair survolera un lac de barrage, souvenez-vous des consignes de sécurité : éloignez-vous au plus vite, plutôt que de le filmer avec votre téléphone.

À propos de l'auteur

Frédéric Laugier, expert en sécurité des barrages, travaille dans l’ingénierie hydraulique d’EDF Hydro depuis presque 30 ans. Il a été impliqué dans plusieurs dizaines de projet en France et à l’international, à la fois de conception et de réhabilitation. Il a été secrétaire général du CFBR de 2008 à 2010. Il représente actuellement la France au sein du comité technique « Sécurité des Barrages » de la CIGB (Commission Internationale des Grands Barrages).

Cadre technique & Références

*La Croix, « Incendie dans l’Aude : où en est la flotte française de canadairs ? », 3 juillet 2026
https://www.la-croix.com/societe/incendie-dans-l-aude-ou-en-est-la-flotte-francaise-de-canadairs-20260703

**Les zones d’écopage sont définies par arrêté préfectoral maritime, par exemple l’arrêté n°145/2013 du 26 juillet 2013 de la Préfecture maritime de la Méditerranée pour les plans d’eau du pourtour méditerranéen, et sont activées par le simple survol à basse altitude du plan d’eau par l’aéronef.
https://www.premar-mediterranee.gouv.fr/communiques-presse/ne-genez-pas-les-canadair

***France Info, « Pourquoi, lorsqu’il y a des incendies de forêt sur le littoral, ne les éteint-on pas avec l’eau de la mer ? », entretien avec Jean-Baptiste Filippi
https://www.franceinfo.fr/environnement/onvousrepond-climat/pourquoi-lorsqu-il-y-a-des-incendies-de-foret-sur-le-littoral-ne-les-eteint-on-pas-avec-l-eau-de-la-mer-onvousrepond-climat_7470703.html

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