
Petite histoire des barrages
Depuis le XVIIᵉ siècle jusqu’à la fin du XXᵉ, les barrages ont évolué de simples retenues d’eau en maçonnerie à de véritables prouesses d’ingénierie intégrant béton, informatique et techniques de pompage. Ces dix jalons dans l’histoire des barrages mettent en lumière les percées majeures — tant techniques qu’organisationnelles — qui ont façonné la production d’eau, d’énergie et la gestion des ressources hydrauliques.
1675
Saint-Ferréol, premier grand barrage moderne
Conçu par Pierre-Paul Riquet pour alimenter le canal du Midi, le barrage de Saint-Ferréol (30 m, porté à 36 m par Vauban) est le premier grand ouvrage de retenue en maçonnerie et terre en France. Il marque l’affirmation de méthodes rationnelles dans la construction de barrages et reste un modèle pendant deux siècles
1757-1782
Milieu du XVIIIᵉ– Barrages pour forges et moulins
Avec l’essor des forges et des moulins, on construit plusieurs petits barrages en terre pour stocker l’eau et la libérer quand c’est nécessaire. Ces réservoirs, comme ceux de La Noie (1757) ou de Lampy (1782), garantissent un débit régulier pour actionner les marteaux et les roues hydrauliques, améliorant ainsi la production de fer et de papier.
1830-1854
Canaux et premiers barrages d’alimentation
La loi Becquey (1822) relance la construction des canaux : cinq barrages-réservoirs (Cercey, Panthier, Grosbois, Chazilly, Le Tillot, 1830-1838) alimentent la Burgondie, tandis que le barrage-voûte Zola (1847-1854, 42 m) à Aix inaugure l’usage rationnel de la voûte en France
1862-1866
Saut technologique : le barrage-poids du Furens
Avec ses 56 m, le barrage-poids du Furens (Saint-Étienne) devient le plus haut au monde. Sa méthode d’analyse des efforts internes marque un tournant : la stabilité n’est plus jugée uniquement au renversement, mais par la répartition des contraintes dans la maçonnerie
1890-1919
Premiers aménagements hydroélectriques et loi sur l’eau
Des ouvrages comme La Bourboule (1896) et Rochebut (1909, 50 m) donnent naissance à l’hydroélectricité commerciale. La loi du 16 octobre 1919 nationalise l’énergie hydraulique et jette les bases d’une politique d’hydroéquipement d’État
1926-1935
Montée en puissance entre-deux-guerres
Les barrages-réservoirs se multiplient : Eguzon (1926, premier béton cyclopéen en France), Marèges (1935, voûte expérimentale de 90 m), Sarrans (1932, 113 m), Chambon et Sautet (1934, plus de 120 m). L’innovation porte sur le béton, les techniques d’injection et l’auscultation sonore
1952-1960
Construction du barrage de Serre-Ponçon
Le site de Serre-Ponçon présentait un sol très meuble, constitué de couches de sédiments profonds. Pour y bâtir un barrage solide, EDF a utilisé une méthode simple : on a empilé la terre en fines couches, puis on les a fortement tassées à l’aide de rouleaux compresseurs. Cette technique a permis, en 1960, de créer le plus haut barrage en remblai d’Europe (129 m), capable de retenir un immense volume d’eau pour l’irrigation et l’alimentation en eau potable.
1962-1968
L’avènement de l’informatique dans la construction
Durant ces années, la construction de barrages comme Roselend (1962) et Vouglans (1968) a adopté une méthode tout à fait moderne. On a d’abord « testé » la voûte sur ordinateur, pour s’assurer qu’elle résisterait parfaitement à la pression de l’eau. Puis, une fois le barrage en place, on a installé des capteurs qui mesurent en continu ses moindres mouvements, la pression interne et la température. Cette combinaison de simulation numérique et de surveillance en temps réel permet de construire des barrages plus fins, plus élégants… et infiniment plus sûrs.
1984
Grand Maison, leader du pompage-turbinage
Perché à 160 m de hauteur, le barrage de Grand Maison comporte deux réservoirs : un bassin supérieur et un bassin inférieur. Pour garantir qu’il y ait toujours assez d’eau disponible en haut, on utilise les périodes de faible consommation pour pomper de l’eau vers le bassin supérieur et maintenir son niveau à un seuil optimal. Ensuite, lors des pics de demande, on relâche cette eau vers le bassin inférieur en actionnant des turbines, produisant ainsi de l’électricité exactement quand c’est nécessaire
1994
Introduction de la technique du béton compacté au rouleau
En 1994, le barrage de La Touche Poupard a marqué en France l’arrivée du béton compacté au rouleau (BCR). Ce procédé consiste à déposer le béton en couches épaisses puis à le tasser immédiatement à l’aide de rouleaux, sans avoir à monter ni démonter de coffrages. Résultat : un chantier plus rapide et moins coûteux, avec une structure dense et étanche, offrant une résistance et une durabilité équivalentes au béton traditionnel.
