On les croit tous pareils : une grande muraille qui retient de l’eau. Mais en réalité, les barrages sont bien plus diversifiés qu’on ne l’imagine.  Saviez-vous que certains atteignent plus de 180 mètres de haut ? C’est plus qu’un gratte-ciel de 60 étages !
D'où vient l'eau qui irrigue nos champs ?

D'où vient l'eau qui irrigue

nos champs ?

On pourrait croire que la question a une réponse simple. Il pleut, les sols s’hydratent, les cultures poussent. La réalité est plus complexe, et bien plus intéressante.

La pluie, oui. Mais pas seulement, et surtout pas toujours au bon moment.

La pluie ne suffit pas

En France, les précipitations sont globalement suffisantes en volume annuel. Le problème, c’est leur répartition dans le temps. Il pleut en automne, en hiver, au printemps. Mais en été, quand les cultures ont le plus besoin d’eau, les pluies se font rares, les températures grimpent, et l’évaporation s’accélère.

Résultat : les agriculteurs ne peuvent pas compter uniquement sur la pluie pour conduire leurs cultures sur toute la saison. Le maïs, la tomate, le tournesol, la vigne dans certaines régions, ont besoin d’un apport d’eau complémentaire et régulier au moment précis où le ciel ne le fournit pas.

C’est là qu’interviennent les autres sources :

  • Les nappes souterraines, pompées dans les aquifères. Leur renouvellement est lent, et leur surexploitation pose des questions de plus en plus sérieuses face aux sécheresses répétées.
  • Les eaux de surface, rivières et fleuves. Mais elles atteignent aussi leurs niveaux les plus bas en plein été, au pire moment.
  • Les lacs de barrage, qui stockent l’eau quand elle est abondante pour la restituer quand elle manque.

Cette troisième source, moins connue peut-être, est néanmoins décisive.

Dans ce mix, quelle est la part des barrages ?

L’irrigation agricole représente le deuxième usage de l’eau stockée dans les grands barrages français après la production électrique. En effet, environ 20% des barrages de plus de 15 mètres de hauteur stockent des réserves principalement destinées à l’agriculture.

Un chiffre qui surprend. Quand on pense aux barrages, on pense à juste titre à l’hydroélectricité, aux lacs de montagne, rarement aux champs de maïs, aux vignes ou aux vergers.

Et pourtant, c’est bien là que va une grande partie de cette eau. Stockée en hiver dans un lac de retenue, acheminée par des canaux jusqu’aux parcelles agricoles, puis distribuée en plein été, quand les rivières naturelles sont au plus bas. Les barrages ne produisent pas que de l’énergie. Ils produisent aussi de la nourriture et parfois les deux en même temps.

Et demain ?

La question ne se pose plus vraiment en termes de volume global. La France ne manque pas d’eau au sens global. Mais elle manque parfois d’eau au bon moment, au bon endroit.

C’est précisément ce que confirme une étude de France Stratégie publiée en janvier 2025 : d’ici 2050, l’irrigation agricole deviendra le premier usage de l’eau en France, devant l’énergie. Un renversement complet par rapport à la situation actuelle.

Les barrages jouent dans ce contexte un rôle que l’on commence à peine à mesurer pleinement. Stocker l’eau quand elle est abondante, en hiver ou au printemps, pour la restituer quand elle manque : c’est exactement ce décalage dans le temps qui devient stratégique.

De nouvelles concertations entre agriculteurs, collectivités, usagers et gestionnaires de l’eau seront nécessaires pour définir ensemble une gouvernance adaptée à ces nouveaux équilibres. C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Vers plus d'adaptation

La question des cultures elles-mêmes est d’ailleurs en train de se poser. Face aux sécheresses répétées, des agriculteurs français expérimentent déjà des espèces moins gourmandes en eau : sorgho, pois chiche, chanvre, ou encore pistache dans le Sud. Le Plan national d’adaptation de l’agriculture au changement climatique, actualisé en 2025, vise à renforcer la recherche agronomique et à soutenir les exploitations engagées dans cette transition. Ce sont des changements lents, progressifs, mais ils sont en cours.

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